samedi 28 mai 2011

J'ai testé pour vous le sandboarding sur dunes péruviennes (et ma première arrestation par la police péruvienne)

Il y a quelques jours, je profitais de ma semaine de vacances à Huanchaco pour regarder le coucher du soleil avec quelques amis sur la plage, quand tout à coup, et je ne sais comment, nous en vîmes à parler de sandboarding. Le sandboarding est une pratique assez courante au Pérou, surtout dans le sud, vers Ica et Huacachina, là où il est le plus probable de trouver du désert et des dunes. Il s'agit, comme l'indique son nom, de se munir d'une planche (qui ressemble à peu de choses prés à une planche de snowboard), et de descendre une dune de sable, debout de préférence. Donc, Bruno, l'un de mes amis péruviens, nous proposa de nous amener sur des dunes proches de Trujillo, un après-midi, et d'essayer le sandboarding. Du coup, aujourd'hui, sur les coups de 13h, nous partons louer des planches, et nous entassons à 7 (4 filles volontaires, et 3 péruviens) dans une voiture direction sandboarding.
En chemin, on s'arrête en plein centre de Trujillo, à la maison familiale de Bruno et Paul, pour changer de voiture, et prendre le pick-up rouge de Paul. Seulement, il se trouve qu'aujourd'hui c'est diner de famille, et que dans l'immense garage (adapté à la taille de la maison...), il y a une bonne dizaine de voitures entassées avant celle de Paul. Du coup, on renonce et repartons dans le break de son ami Martin. 20minutes plus tard, nous arrivons à la lagune autour de laquelle se trouvent les dunes. Le cadre est magnifique : montagne de Trujillo au loin, lac paisible, et dunes de sable. On continue à contourner la lagune avec la voiture, quand on se trouve face à un premier problème: le sable. Martin prend un peu d'élan, et on passe. Mais juste après, c'est l'eau qui nous empêche de continuer. On descend de la voiture, et on enlève nos chaussures, portant les planches sous le bras. Nous irons aux dunes à pied.



Et puis, on arrive en bas de la dune. Elle est immense. Et là, à la différence du snowboard, tu n'as pas de tire-fesse ou de télésiège pour te monter en haut de la pente. Là, tu t'y colles façon veille école, en trainant les pieds, en t'enfonçant dans le sable, en t’essoufflant et en transpirant avant même d'avoir atteint la moitié de la dune. Et puis il y a le vent, qui pousse la planche que tu t’efforces de porter sur le côté. Et puis enfin, on est arrivés en haut. La première chose qui nous fait nous assoir est la fatigue, ok. La deuxième est la vue que nous avions sur tout: la lagune, Trujillo, les montagnes, les champs. Et puis, on regarde la pente devant nous, et là, unanimement chez les filles, nous décidons que c'est beaucoup trop pentu pour une première descente. On décide alors de continuer un peu plus loin dans la dune, pour atteindre un endroit où il sera plus facile de commencer.



On le trouve. Delphine essaie tout d'abord assise. Puis Ayse, courageuse, se lance debout. Bon il faut dire qu'à la base, Ayse est une très bonne snowboardeuse, donc elle connait un peu le système. Les deux arrive en vie, du coup, je me dis que moi aussi je peux le faire à peu près sans risques. Cependant les deux se plaignent du fait que les planches ne sont vraiment pas pratiques. Je chausse et je comprends pourquoi. Sur une planche de snowboard normale, tes pieds sont vraiment attachés à la planche. Or, sur une planche de sandboard, tu as juste un scratch qui se ferme sur le dessus de tes chaussures. Autant dire que ton pied ne reste pas longtemps dans l'attache. Mais peu importe je me lance. Et je ne tombe pas. Bon bien évidemment, je ne part pas tout droit comme une dingue non plus, vous me connaissez. Je prends une petite diagonale, et me laisse glisser. Je ne tombe pas c'est l'important! Et puis Lisa nous rejoint. Enfin Martin se lance, et comme c'est un garçon et qu'il veut aller vite tout de suite, il se ramasse et mange le sable.



L'avantage est que nous ne sommes pas en bas de la dune, et que nous n'avons pas à tout remonter. Nous nous sommes tous arrêtés au départ d'une deuxième dune. Mais avant de repartir, on fait une pause photos de groupe. Et puis rebelote, on continue à descendre, en tentant de prendre un peu plus de vitesse. Après quelques autres descentes, nous sommes tous en bas, et il est déjà l'heure de repartir.
On se fait bouffer par les moustiques sur le chemin vers la voiture. Et de nouveau, les filles s'entassent à l'arrière de la voiture, et Bruno va dans le coffre. Il faut savoir que s'entasser dans une voiture relève de l'ordre du normal au Pérou. Il est commun de voir 7 ou 8 personnes dans le même taxi. Un jour j'ai même vu une petite voiture rouler avec 10 personnes dedans (4 à l'avant, 6 sur la banquette arrière). Du coup, se retrouver à 7 dans un break était presque du confort. Cependant, ce à quoi on avait pas pensé c'est que parmi les 7, on était 4 gringas (le terme "gringo" était originellement réservé aux touristes anglophones ayant beaucoup d'argent; il désigne maintenant au Pérou, toute personne blanche), et que la gringa, ça attire le policier parce que ça peut payer de grosses commissions. Du coup, quand on passe une voiture de police, elle nous demande de s'arrêter. Martin s'effectue. Les deux policiers ne sont pas très amicaux. Nous, pourtant, on tente de leur sourire. On sait jamais, ça pourrait les amadouer. Ils demandent les papiers du véhicule, et le permis de conduire de Martin. Et là, Ô surprise, Martin n'a pas son permis. Il se l'est fait voler la semaine passée. Il a fait déclarer la perte, mais évidemment, il n'a pas le papier de déclaration sur lui. Les garçons tentent de négocier, mais les policiers ne veulent rien entendre. On doit les suivre au poste de police. On roule 10 minutes et on arrive. Ils nous font vider la voiture, et Martin rentre dans le commissariat avec eux. Nous, on reste autour, sur la place du quartier, et on sent bizarrement tous les yeux sur nous. Les enfants viennent et restent autour à nous regarder. Il faut dire que ce quartier ne doit pas être le plus fréquenté par les touristes, et qu'on doit être les premières vraies blanches vues par ces personnes. On attend. Ca dure plutôt longtemps. Et puis Martin ressort, blasé. Ils ne veulent pas qu'il reprenne la voiture. Il doit rentrer chez lui, et aller chercher le document, et revenir. Nous, on se sent tous un peu mal pour lui.. Du coup, on s'entasse cette fois dans un taxi, direction Trujillo, puis direction Huanchaco.
Il fait déjà nuit quand nous arrivons. On a 2h pour manger et se remettre de ces aventures, car ce soir, on sort. Ce soir, Paul a réussi à nous mettre sur une liste VIP du plus grand et cher club de Trujillo. Ce soir, on va à Ama.



La suite au prochain épisode...

lundi 2 mai 2011

Feu de bois et douleurs péruviennes

Ce week-end, avec mes colocs, on décide de s'échapper un petit peu de Huanchaco. On part à Pacasmayo, petit village de pêcheurs à 2h de Trujillo. On quitte Huanchaco un peu tard, ce qui nous fait arriver de nuit dans cette ville inconnue. Peu importe, ce soir, on a prévu de faire un feu sur la plage, et d'y dormir. Il ne fait pas froid et le ciel est dégagé, c'est parfait pour une nuit à la belle étoile. On se débrouille pour acheter du charbon. On trouve quelques trucs qui ressemblent à du bois en se promenant dans la ville, et on se dirige vers la plage. Là, Ô surprise, il se trouve que la plage n'est pas couverte de sable, comme ce que nous avions imaginé en pensant à notre parfaite nuit sous les étoiles, mais d'affreuses pierres irrégulières et aiguisées. Dépités, on se dit que peut-être la plage devient sableuse un peu plus loin. On marche dans le noir, et en effet, après 10 minutes, nous atteignons un endroit un peu en pente, couvert de sable. Heureux et rassurés, on s'y installe. L'inclinaison sera parfaite pour dormir. On lance le feu. Il prend peu à peu, mais on réalise vite qu'on va être à court de bois rapidement, et que le feu ne tiendra pas la nuit. On part alors arpenter les rues à la recherche de cageots ou éventuelles buches. Un homme nous offre même l'encadrement d'une fenêtre. On revient au campement. On commence à discuter et à se dire qu'il va falloir faire des rondes pendant la nuit, pour surveiller le feu, mais aussi (et surtout) veiller à ce que personne ne vienne nous voler nos affaires. Le Pérou c'est pas le Club Med.
En effet, peu de temps après, un homme arrive silencieusement vers nous, et d'un coup nous lance qu'il est de la police et qu'il veut voir nos papiers d'identité. Il n'est pas en uniforme. On doute. L'un de mes colocs réagit et lui demande s'il peut nous montrer sa plaque ou quelque chose prouvant qu'il est de la police. Il réagit mal, s'énerve, dit que c'est lui qui pose les questions, et que si on coopère pas, il appelle ses collègues. On calme le jeu, lui montrons nos passeports. Il entame alors tout un discours sur le fait que nous devrions faire très attention, parce que nous sommes des étrangers, et que ce n'est pas l'endroit le plus sur pour nous. On le remercie, lui disons que nous ferons attention. Mais, il ne s'en va pas, traine, insiste. Enfin il décide de partir, pour "continuer sa ronde". Nous, nous sommes définitivement persuadé qu'il n'est pas de la police. On décide quand même de rester. 30 minutes plus tard, il est de retour. Il nous explique qu'il a fini sa ronde, nous demande s'il peut se joindre à nous. On accepte, par politesse dirons nous. Les garçons lui offrent une cigarette. Il commence à parler, et ne s'arrête pas. Je m'endors. Quand les garçons me réveillent quelques heures plus tard parce que c'est mon tour de surveiller, l'homme est endormi près du feu, comme les autres. Nous sommes deux à veiller. Et puis l'homme se réveille. On discute. Non, en fait, non, il parle, et on écoute. Il a beaucoup de choses à dire. Il commence à parler de sa vie, de ce qu'il fait, de sa famille. Il a 4 soeurs, plus jeunes, toutes mariées. Lui est seul. Il n'emploie pas le mot "célibataire" mais "seul". Il apprécie ses beaux-frères, n'hésite pas à leur faire des cadeaux quand il a des sous. Il vit chez ses parents, fait tout pour sa mère. Il aime cuisiner. Il ne comprends pas pourquoi parfois ses soeurs ont des engueulades avec leurs époux, alors qu'elles devraient être heureuses d'avoir quelqu'un avec qui partager leurs vies. Il raconte qu'il a vécu au Chili pendant 2 ans, mais que le Chili ne l'a pas bien traité. Il a failli y mourir quand deux hommes l'ont battu au sang, au point qu'il s'est fait recoudre 32 points de sutures sur le crane. Il raconte qu'il a fait de la prison parce que quand il vivait chez sa tante à Lima, elle l'a accusé d'avoir volé 2000 dollars. Il aimerait que l'on rencontre ses parents, qu'on les apprécierait. Comme il avait un oncle dans la police, il a décidé d'y rentrer aussi. Mais il ne gagne pas beaucoup. Il veut cuisiner du céviché pour nous. Et puis il parle de Dieu. Il ne comprends pas que certains gens ne croient pas en lui. Il pense que Dieu est toujours la, mais on ne le réalise que dans les moments heureux. Il dit que Dieu c'est la clé, c'est ce qui importe, ce qui supporte. Enfin, il parle de sa solitude. Il a plusieurs fois pensé à saisir son arme de travail, à la poser sur sa tempe, et presser la gâchette. Mais il pense à sa mère, et à la peine qu'elle aurait. Alors pour elle, il ne le fait pas. Il nous explique que des parents ne devraient jamais voir leurs enfants mourir. Pour ça, il attendra. Il pleure. Nous, on écoute toujours. Cela fait une heure qu'il parle. On ne sait que dire. Que peut-on dire de toute façon ? Et puis, veut-il vraiment que nous disions quelque chose ? J'en doute. Je pense qu'il veut juste parler, que c'est pour ça qu'il est resté dormir avec nous sur cette plage toute la nuit. Le matin, nous rangeons le campement. Il est toujours là. Nous nous mettons en route. Il nous serre la main, nous dit merci, et part.

Nous on continue.