Ce week-end, avec mes colocs, on décide de s'échapper un petit peu de Huanchaco. On part à Pacasmayo, petit village de pêcheurs à 2h de Trujillo. On quitte Huanchaco un peu tard, ce qui nous fait arriver de nuit dans cette ville inconnue. Peu importe, ce soir, on a prévu de faire un feu sur la plage, et d'y dormir. Il ne fait pas froid et le ciel est dégagé, c'est parfait pour une nuit à la belle étoile. On se débrouille pour acheter du charbon. On trouve quelques trucs qui ressemblent à du bois en se promenant dans la ville, et on se dirige vers la plage. Là, Ô surprise, il se trouve que la plage n'est pas couverte de sable, comme ce que nous avions imaginé en pensant à notre parfaite nuit sous les étoiles, mais d'affreuses pierres irrégulières et aiguisées. Dépités, on se dit que peut-être la plage devient sableuse un peu plus loin. On marche dans le noir, et en effet, après 10 minutes, nous atteignons un endroit un peu en pente, couvert de sable. Heureux et rassurés, on s'y installe. L'inclinaison sera parfaite pour dormir. On lance le feu. Il prend peu à peu, mais on réalise vite qu'on va être à court de bois rapidement, et que le feu ne tiendra pas la nuit. On part alors arpenter les rues à la recherche de cageots ou éventuelles buches. Un homme nous offre même l'encadrement d'une fenêtre. On revient au campement. On commence à discuter et à se dire qu'il va falloir faire des rondes pendant la nuit, pour surveiller le feu, mais aussi (et surtout) veiller à ce que personne ne vienne nous voler nos affaires. Le Pérou c'est pas le Club Med.
En effet, peu de temps après, un homme arrive silencieusement vers nous, et d'un coup nous lance qu'il est de la police et qu'il veut voir nos papiers d'identité. Il n'est pas en uniforme. On doute. L'un de mes colocs réagit et lui demande s'il peut nous montrer sa plaque ou quelque chose prouvant qu'il est de la police. Il réagit mal, s'énerve, dit que c'est lui qui pose les questions, et que si on coopère pas, il appelle ses collègues. On calme le jeu, lui montrons nos passeports. Il entame alors tout un discours sur le fait que nous devrions faire très attention, parce que nous sommes des étrangers, et que ce n'est pas l'endroit le plus sur pour nous. On le remercie, lui disons que nous ferons attention. Mais, il ne s'en va pas, traine, insiste. Enfin il décide de partir, pour "continuer sa ronde". Nous, nous sommes définitivement persuadé qu'il n'est pas de la police. On décide quand même de rester. 30 minutes plus tard, il est de retour. Il nous explique qu'il a fini sa ronde, nous demande s'il peut se joindre à nous. On accepte, par politesse dirons nous. Les garçons lui offrent une cigarette. Il commence à parler, et ne s'arrête pas. Je m'endors. Quand les garçons me réveillent quelques heures plus tard parce que c'est mon tour de surveiller, l'homme est endormi près du feu, comme les autres. Nous sommes deux à veiller. Et puis l'homme se réveille. On discute. Non, en fait, non, il parle, et on écoute. Il a beaucoup de choses à dire. Il commence à parler de sa vie, de ce qu'il fait, de sa famille. Il a 4 soeurs, plus jeunes, toutes mariées. Lui est seul. Il n'emploie pas le mot "célibataire" mais "seul". Il apprécie ses beaux-frères, n'hésite pas à leur faire des cadeaux quand il a des sous. Il vit chez ses parents, fait tout pour sa mère. Il aime cuisiner. Il ne comprends pas pourquoi parfois ses soeurs ont des engueulades avec leurs époux, alors qu'elles devraient être heureuses d'avoir quelqu'un avec qui partager leurs vies. Il raconte qu'il a vécu au Chili pendant 2 ans, mais que le Chili ne l'a pas bien traité. Il a failli y mourir quand deux hommes l'ont battu au sang, au point qu'il s'est fait recoudre 32 points de sutures sur le crane. Il raconte qu'il a fait de la prison parce que quand il vivait chez sa tante à Lima, elle l'a accusé d'avoir volé 2000 dollars. Il aimerait que l'on rencontre ses parents, qu'on les apprécierait. Comme il avait un oncle dans la police, il a décidé d'y rentrer aussi. Mais il ne gagne pas beaucoup. Il veut cuisiner du céviché pour nous. Et puis il parle de Dieu. Il ne comprends pas que certains gens ne croient pas en lui. Il pense que Dieu est toujours la, mais on ne le réalise que dans les moments heureux. Il dit que Dieu c'est la clé, c'est ce qui importe, ce qui supporte. Enfin, il parle de sa solitude. Il a plusieurs fois pensé à saisir son arme de travail, à la poser sur sa tempe, et presser la gâchette. Mais il pense à sa mère, et à la peine qu'elle aurait. Alors pour elle, il ne le fait pas. Il nous explique que des parents ne devraient jamais voir leurs enfants mourir. Pour ça, il attendra. Il pleure. Nous, on écoute toujours. Cela fait une heure qu'il parle. On ne sait que dire. Que peut-on dire de toute façon ? Et puis, veut-il vraiment que nous disions quelque chose ? J'en doute. Je pense qu'il veut juste parler, que c'est pour ça qu'il est resté dormir avec nous sur cette plage toute la nuit. Le matin, nous rangeons le campement. Il est toujours là. Nous nous mettons en route. Il nous serre la main, nous dit merci, et part.
Nous on continue.
bien sympathique a lire
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