Nous sommes vendredi 11 Mars 2011. Je suis arrivée la veille au Pérou et j'émerge tranquillement de mon léger sommeil toujours chargé de décalage horaire. Il est 7h du matin et j'ai les yeux grand ouverts. J'attrape mon PC, bien consciente de la chance que j'ai d'avoir le wifi dans une ville péruvienne de moins de 7000 habitants. Automatiquement, je me connecte à Facebook. Il est presque de mon devoir de faire savoir à mes amis et famille que je suis en vie, et que mieux que ça, j'adore la ville et mes colocs sont cools! A peine en ligne, Sarah F vient me parler, me demande si je vais bien, et sans même attendre ma réponse, me demande si je vais à la plage aujourd'hui. Pour provoquer sa jalousie, et me la péter un peu sur le fait que je vis à 500m d'une plage envahie de surfeurs, je réponds fièrement que bien sur je vais aller me faire dorer la pilule aujourd'hui et qu'il serait même un sacrilège de ne point y aller vu la température ambiante. Un quart de seconde après un gros 'Nooooon' apparaît sur mon écran, rapidement suivi d'un « Il y a un tsunami qui vient de frapper le Japon et qui va toucher toutes les côtes du Pacifique, et donc le Pérou ». Connaissant l'humour de Sarah F. et intuitant le fait que sa jalousie doit la ronger, elle qui est dans le froid de l'hiver français, ma réponse de se fait pas attendre : « ahahahaha , c'est cela oui!». A cela un « Bordel mais t'as pas les infos dans ton bled » me revient droit dans la figure. La, dans ma tête, il y a comme un bouton rouge qui s'allume: Et merde. Je google les mots « tsunami + Japon », et une liste de gros titres de journaux européens envahie ma page. Re merde. Je me renseigne un peu. Bon que faire? Je descend dans la cuisine. Une de mes colocs est levée. Je lui raconte le truc. Elle hallucine, et puis me lance « welcome to Peru! » avec un grand sourire. J'avoue que celle-là, je l'avais pas vu venir. Peu à peu, toute la maison se réveille et l'info circule, dans la maison. Le reste de la ville ne semble pas vraiment agité, et à vrai dire, je ne suis pas particulièrement étonnée! On discute un peu, et puis on se dit qu'après tout, le Pérou ne devrait être touché qu'en début de soirée, donc nous vaquons tous à nos activités respectives. Mon stage est sensé commencer cette aprem. A midi, j'ai rendez-vous avec la directrice d'une des écoles dans laquelle je vais « enseigner » l'anglais. Nous nous y rendons avec mon maitre de stage, et curieusement, il n'y a aucun enfant dans l'école. Nous apprenons qu'ils ont tous été renvoyés chez eux, pour cause de tsunami, tiens donc, quelle surprise! Je conclus donc que oui, les gens sont au courant ici! Après une heure de discussion et de mise en contexte sur l'école, je rentre à la maison. J'ai quelques heures avant d'aller avec d'autres volontaires vers la deuxième partie de mon volontariat : faire de l'animation avec des gamins. J'en profite pour zoner sur internet, parler à deux ou trois amis, et réaliser que, alors que l'Equateur et le Chili, nos voisins sur le Pacifique, ont déjà fait évacuer leurs côtes, le Pérou se tourne les pousses. Tout va bien, je vais bien! Nous partons avec d'autres volontaires vers la rampe de skate quand nous croisons un autre des volontaires. Il nous apprend alors que le Pérou vient enfin de lancer une alerte « préventive » de Tsunami (mieux vaut tard que jamais, peut-être avaient-ils des doutes),et que la ville fait évacuer les 3 premiers blocs les plus près de la plage. Il nous dit aussi que le plan pour ce soir est que nous nous retrouvions tous à l'Eglise de Huanchaco, située sur les hauteurs de la ville. Ma maison se trouve au bloc 7, et ne court donc à priori aucun risques. Nous commençons à nous avancer vers la rampe de skate où nous devons trouver les petits, à 30minutes de marche. Il est déjà 16h30. L'impact du tsunami est prévu pour 19h. Nous devons retrouver les autres à 18h. En montant, nous passons par l'Eglise, déjà assaillie de monde. Là, un responsable de la police locale nous informe que la vague pourrait en fait être de 2metres plus haute que les vagues habituelles, et déferler à plus de 50km/h. Réalisant qu'il est inutile d'aller voir les gamins, puisqu'il se fait tard, et que nombre d'entre eux ne pointeront pas le bout de leur nez vu les circonstances, nous renonçons, et préférons retourner à la maison mettre nos objets de valeur en hauteur. Ma coloc du rez-de-chaussée vient mettre ses affaires dans ma chambre du 1er étage, et vers 17h30, nous nous dirigeons vers l'Eglise, en nous arrêtant acheter des crackers, parce que la nuit va peut-être être longue...
En arrivant en haut, nous peinons à trouver une place assise tant il y a de monde. Il faut dire que nous sommes nombreux. Nous avons les crackers, d'autres ont la bière. Nous décidons qu'après tout, nous pourrions faire un « tsunami pic-nic ». Alors oui bien sur, cela peut être considéré comme un acte horrible. En effet, nous sommes tous un peu excité par l'évènement. Un tsunami, ce n'est (à priori) qu'une fois dans sa vie. Nous nous sentons un peu mal de réagir comme ça, alors que ça a couté la vie à des milliers de personnes, et que nous sommes presque à faire la fête, armés de nos appareils photo. Plus le temps passe, plus l'on nous annonce que l'heure d'impact se décale. Finalement, la nuit tombe. Il est désormais impossible de distinguer l'eau de la nuit noire sans lune de Huanchaco. Nous commençons à trouver le temps long et à penser qu'au final, rien ne se passera. Vers 20h, on nous annonce qu'il y aura 6 à 8 vagues: la première d'ici quelques minutes, et les autres espacées d'une demi-heure environ. Nous ne voyons rien du tout. Vers 20h30, on nous annonce cette fois qu'il n'y aura que 3 vagues. A 21h, nous pouvons redescendre, apparemment hors de danger, le tsunami est passé, pour le coup inaperçu. Je dois dire que nos sentiments sont partagés. Il y a beaucoup de soulagement mais aussi un peu de déception de ne pas avoir vu et vécu LA vague comme dans le dernier Clint Eastwood! Affamés, nous descendons manger un burger péruvien. Mais alors qu'on sort du resto, nous voyons des gens courir dans la rue, criant « hay agua, hay agua!! ». Nous nous surprenons alors à sprinter en se tenant la main pour (re)monter à l'Eglise. Arrivés en haut, essoufflés,nous trouvons des gens pleurant, passant des coups de fil à droite à gauche. D'autres portent leur grand-père en fauteuil roulant en haut des marches. 15 minutes après, on apprend qu'il s'agissait d'une fausse alerte. Mais voilà, nous avons vécu un moment ensemble, et nous en venons même à conclure que « Well, tsunami brings people together, more than Nokia ».
Il est 23h30, on rentre à la maison, on se change, on se refait une beauté. Cela ne va pas nous empêcher de sortir! Au bout d'une heure de vagabondage dans les rues, on se rend compte qu'en fait si, le tsunami va nous empêcher de sortir: tout est fermé. On marche alors le long de la promenade qui longe la plage. Il y a énormément de locaux. On s'approche, et un gars nous dit que le tsunami arrive en fait maintenant, au du moins, que la 3ème vague est en approche. En moins de 5 minutes les vagues ont envahit la plage, qui n'existe plus, et la promenade s'est faite arroser. Nous, nous avons couru dans la rue un peu plus haut, et regardons notre premier tsunami les yeux grand ouverts. Et puis, soudainement, la mer recule. Elle recule énormément. Les péruviens la suivent, vont ramasser certains des déchets que la mer à fait remonter sur la plage. Un type nous apprend que la 4ème vague, dans une heure environ, sera la plus grosse. Nous, on n'est pas rassurées. On préfère rentrer.
Le lendemain, au réveil, la ville est étrangement calme. On va se balader sur la promenade. Tout est humide autour, et il y a des flaques dans la rue. Les premières maisons ont leurs portes ouvertes, et quelques terrasses sèchent. Il est midi, nous nous asseyons sur la plage, sale. Au bout d'une heure, la police nous demande de quitter la plage. Il y a une vague qui vient. A nouveau la plage disparaît sous l'eau. L'alerte « préventive » est en cours jusqu'à ce soir.
Bienvenue au Pérou!
wouaaa hey ben sacré roman encore une fois ;) et Sarah F always connected ^^ heureusement que vous avez pas trop subit !
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